Au téléphone, quelqu'un prononce un mot que vous ne saisissez pas. Vous en avez la forme : deux syllabes, accent sur la seconde, et une fin douce et vibrante. Vous passez les candidats en revue, et l'un d'eux est un mot qui se terminerait par le son du h anglais.
Ce n'était pas ça. Aucun mot anglais ne se termine par /h/. Aucun. Ce seul fait supprime toute une branche de vos hypothèses en une seconde.
La règle marche aussi dans l'autre sens. On fabrique parfois des mots qui ne peuvent pas exister : une syllabe qui commence par le son final de sing, ou un mot fermé par un vrai /w/ consonantique. Pour un anglophone, ce ne sont pas des mots difficiles, ce sont des mots imprononçables en anglais.
L'anglais n'autorise pas n'importe quel son à n'importe quelle place. Les autorisations sont systématiques et s'apprennent en une après-midi.
Les règles
Les sons qui ne commencent jamais un mot anglais
/ŋ/, le son final de sing /sɪŋ/ et long /lɔŋ/, n'ouvre jamais un mot, ni même une syllabe. Il vit uniquement au milieu et à la fin. Aucun groupe consonantique ne commence par lui non plus.
/ʒ/, le bourdonnement que l'on entend dans measure /ˈmɛʒɚ/, n'ouvre pas les mots anglais natifs. Les rares qui semblent le faire, comme genre /ˈʒɑnrə/, sont des emprunts français récents, et beaucoup d'Américains les réparent en prononçant /dʒ/.
C'est ici que le français vous piège. Vous commencez des mots par /ʒ/ toute la journée : je, jamais, jeudi, gens. L'anglais l'interdit précisément là. Le son n'est pas à apprendre, il est à déplacer : gardez-le pour la fin des mots (garage, beige) et remplacez-le par /dʒ/ au début (June /dʒun/, job /dʒɑb/, gentle /ˈdʒɛntəl/).
Les sons qui ne terminent jamais un mot anglais
/h/. Jamais. Les mots écrits avec un h final ont soit une lettre muette (oh /oʊ/, ah /ɑ/, hurrah /həˈrɑ/), soit un digramme où ce h appartient à un tout autre son (sigh /saɪ/, though /ðoʊ/, fish /fɪʃ/, bath /bæθ/).
Pour un francophone, cette interdiction est gratuite : le français n'a pas de /h/ du tout, donc vous n'étiez pas près d'en mettre à la fin. En revanche, la règle initiale est vitale, et c'est l'inverse. house /haʊs/, how /haʊ/, heart /hɑrt/ commencent par un vrai souffle audible. Si vous l'effacez, heat devient eat et hair devient air. L'anglais permet le /h/ à une seule place, et c'est celle que le français ne connaît pas.
/w/ et /j/. Celle-là surprend, parce que now, day et boy s'écrivent avec un W ou un Y final. Phonétiquement, il n'y a aucune consonne là. now est /naʊ/, day est /deɪ/, boy est /bɔɪ/ : chaque mot se termine par une diphtongue, une voyelle qui glisse vers une autre position vocalique puis s'arrête. Ce glissement est la queue de la voyelle, pas une consonne à part.
Le raccourci du th, la règle la plus utile de cette page
L'anglais a deux sons th : le sourd /θ/ (think, thin, thank, three) et le sonore /ð/ (this, that, they). En début de mot, ils se répartissent par grammaire, pas par sens.
- /ð/ n'ouvre que des mots grammaticaux : the, this, that, these, those, they, them, their, there, then, than, though, thus. La liste est presque complète.
- /θ/ ouvre les mots lexicaux : think, thing, thin, thank, three, throw, thunder, theater, theory, thousand.
Si un mot en th au début d'une phrase est de la colle grammaticale (article, pronom, démonstratif, connecteur), le th est sonore. S'il porte du sens, il est sourd. Vous n'avez plus jamais à deviner, ni en parlant, ni en essayant d'identifier un mot entendu à moitié.
/r/ et /l/ : autorisés aux deux bords, mais ce n'est pas le même son
Les deux ouvrent et ferment les mots sans restriction, et les deux changent de forme selon le bord. Le L clair initial (leaf /lif/) a la pointe de la langue en haut et le corps en avant. Le L sombre final (feel /fil/) recule le dos de la langue vers la gorge et sonne presque comme une voyelle. Le /r/ anglais initial (read /rid/) est une consonne avec arrondissement des lèvres, produite sans aucun contact avec la luette, très loin du /ʁ/ français ; à la fin, il fusionne avec la voyelle et devient une coloration : car /kɑr/, bird /bɝd/, butter /ˈbʌtɚ/.
L'asymétrie qu'il faut nommer
/h/ ouvre les mots mais ne les ferme jamais. /ʒ/ ferme les mots mais ne les ouvre jamais : beige /beɪʒ/, rouge /ruʒ/, garage /ɡəˈrɑʒ/, massage /məˈsɑʒ/, prestige /prɛˈstiʒ/. Deux miroirs exacts, et rien dans les sons eux-mêmes ne l'explique. C'est bien le point : c'est la position qui est contrainte, pas le son.
Bords de groupes : le début est strict, la fin est libre
Un mot anglais peut commencer par trois consonnes au maximum, et dans ce cas la forme est fixée : /s/ plus occlusive sourde plus liquide ou semi-voyelle. Cela donne exactement cinq groupes : /spr/ (spring), /str/ (street), /skr/ (scream), /skw/ (square), /spl/ (splash). Il n'y en a pas de sixième. Si vous avez entendu trois consonnes au début, la première était /s/.
Les fins sont bien plus permissives : sixths /sɪksθs/, texts /tɛksts/, twelfths /twɛlfθs/, glimpsed /ɡlɪmpst/. Quatre consonnes après la voyelle, c'est ordinaire. Le pluriel /s z/, le passé /t d/ et la troisième personne s'empilent sur une syllabe déjà fermée. Or le français fait souvent l'inverse : ses consonnes finales sont volontiers muettes. Il faut donc résister à l'envie d'effacer la fin des mots anglais, car en anglais c'est justement la fin qui porte la grammaire.
Pourquoi ces règles existent
Une partie est articulatoire. /ŋ/ demande le dos de la langue contre le voile du palais avec le passage nasal ouvert, position que la bouche atteint seule après une voyelle mais dont il est difficile de partir à froid. /h/ n'est que du souffle en route vers une voyelle : sans voyelle derrière, il ne reste rien à entendre.
Une autre partie est un accident historique. Le /ʒ/ n'est entré en anglais qu'il y a quelques siècles, surtout par le français, et surtout à l'intérieur ou à la fin des mots. Le français ouvre des mots avec lui, dans je. L'anglais n'en a jamais pris l'habitude.
Et voici l'idée qui met tout en ordre : ce sont des contraintes sur les bords de syllabe, pas sur les sons. /ŋ/ n'est pas difficile à produire, il est interdit dans une case.
Le système en un coup d'oeil
| Son | Peut commencer un mot ? | Peut le terminer ? | Exemple | Remarque |
|---|---|---|---|---|
| /h/ | Oui | Jamais | house /haʊs/ | un h final à l'écrit est muet ou fait partie d'un digramme |
| /ŋ/ | Jamais | Oui | sing /sɪŋ/ | n'ouvre aucune syllabe et aucun groupe initial |
| /ʒ/ | Emprunts seulement | Oui | garage /ɡəˈrɑʒ/ | le miroir exact de /h/ |
| /w/ | Oui | Jamais | wet /wɛt/ | now /naʊ/ finit sur une diphtongue, pas sur /w/ |
| /j/ | Oui | Jamais | yes /jɛs/ | day /deɪ/ finit sur une diphtongue, pas sur /j/ |
| /ð/ | Mots grammaticaux seulement | Oui | the /ðə/, breathe /brið/ | un th sonore initial signale un mot outil |
| /θ/ | Oui, mots lexicaux | Oui | think /θɪŋk/, bath /bæθ/ | libre aux deux bords |
| /r/ | Oui | Oui | red /rɛd/, car /kɑr/ | consonne à l'attaque, voyelle colorée en r à la fin |
| /l/ | Oui | Oui | leaf /lif/, feel /fil/ | L clair au début, L sombre à la fin |
| /z/ | Oui, mais rare | Oui, très fréquent | zoo /zu/, dogs /dɔɡz/ | les pluriels remplissent la langue de /z/ final |
| /tʃ/ et /dʒ/ | Oui | Oui | church /tʃɝtʃ/, judge /dʒʌdʒ/ | aucune restriction de position |
| Bord de trois consonnes | Uniquement /spr str skr skw spl/ | Presque tout | street /strit/, texts /tɛksts/ | les désinences grammaticales s'empilent seulement à la fin |
Exceptions et cas limites
Les emprunts et les noms propres cassent les interdits
Ngugi, Nguyen, Zhang, genre, Jacques : ils entrent en anglais avec des formes que l'anglais ne fabrique pas. Observez ce que les locuteurs en font. Nguyen devient souvent /wɪn/ ou /ˈnujɛn/, Zhang devient souvent /dʒɑŋ/, et genre oscille entre /ˈʒɑnrə/ et /ˈdʒɑnrə/. La réparation est la preuve de la règle.
Les interjections ignorent le système
Huh, uh-huh, uh-oh, shh, mm-hmm, psst. Certaines finissent sur un souffle ou un coup de glotte qu'aucun vrai mot n'admet, d'autres n'ont aucune voyelle. Les interjections sont hors phonologie : ce sont des bruits porteurs de sens, pas des mots.
Sigles et créations peuvent imposer des formes interdites
Un mot monté à partir de lettres ou inventé pour une marque peut tomber sur une forme que le système natif n'aurait jamais engendrée, et les locuteurs la produisent quand même. La règle décrit le vocabulaire hérité, pas les limites de la bouche humaine.
Le /j/ britannique et américain après les alvéolaires
News, tune, duke : britannique /njuz/, /tjun/, /djuk/ contre américain /nuz/, /tun/, /duk/. La différence est réelle, mais elle se joue à l'intérieur de l'attaque de syllabe et ne touche pas les bords. Aucune variété d'anglais ne termine un mot par /j/ ni n'en commence un par /ŋ/.
Le bénéfice concret quand un mot vous échappe
Les règles de position sont un filtre. Faites-y passer le fragment entendu et la liste de candidats s'effondre.
- Le mot finissait sur un son sifflant ou vibrant, donc ce n'était pas /h/. Vos candidats sont /s z ʃ ʒ f v θ ð/, et rien d'autre.
- La phrase commençait par un th et vous avez entendu du voisement, donc c'est l'un des douze mots outils : the, this, that, they, there, then, though.
- Quelque chose semblait commencer par le son final de sing, donc c'était un nom propre, un emprunt, ou la queue du mot précédent enchaînée sur celui-ci.
- Vous avez entendu trois consonnes au début, donc la première était /s/ et la deuxième /p/, /t/ ou /k/.
- Le mot finissait sur quelque chose de proche d'un i ou d'un ou, donc il finit sur une voyelle et le mot suivant s'y enchaînera directement.
L'exercice : cinq étapes à voix haute
- Dites sing /sɪŋ/, tenez le /ŋ/ final deux secondes, puis relâchez-le directement sur une voyelle /ɑ/. Vous venez de produire une syllabe que l'anglais interdit. Sentez à quel point le démarrage est étranger : l'interdit vit dans votre propre bouche.
- Dites measure /ˈmɛʒɚ/, puis garage /ɡəˈrɑʒ/ et beige /beɪʒ/. Gardez la fin sonore et vibrante. Ensuite, commencez un mot par ce son, comme dans jamais : vous y arrivez sans effort, donc la contrainte est de position, pas physique.
- Le /h/ initial, jamais final. Dites how /haʊ/, heart /hɑrt/, hair /hɛr/ avec un souffle audible au départ, puis oh /oʊ/ et ah /ɑ/ sans aucun souffle après la voyelle.
- Des diphtongues, pas des consonnes. Dites now /naʊ/, day /deɪ/, boy /bɔɪ/ en laissant chaque fin ouverte et détendue. Puis enchaînez : "now and then", "day off", "boy is here".
- Le test du th. Lisez à voix haute : "The three things that they thought about this Thursday". Chaque mot outil prend /ð/, chaque mot lexical prend /θ/. Allez lentement et vérifiez un par un.
Maîtrisez les bords et vous cesserez de fabriquer des mots impossibles, tout en reconnaissant plus vite les vrais. Mettez ces interdits au travail dans les exercices de consonnes anglaises, puis affinez le contraste /θ/ et /ð/ avec la pratique des paires minimales.