Vous étudiez l'anglais depuis des années. Vous maîtrisez la grammaire. Vous comprenez parfaitement les textes écrits. Mais quand un anglophone parle à un débit normal, tout semble se transformer en un long brouhaha incompréhensible.
Cela vous rappelle quelque chose ? Vous n'êtes pas seul. C'est ce qu'on appelle le phénomène de la parole liée (ou connected speech), et c'est l'un des plus grands défis pour les francophones qui apprennent l'anglais.
Le problème ne vient ni de votre vocabulaire, ni de vos capacités d'écoute. C'est simplement que l'anglais change radicalement lorsqu'il est parlé naturellement. Les mots se connectent, des sons disparaissent et les syllabes fusionnent d'une manière que les manuels scolaires enseignent rarement.
Pourquoi l'anglais semble si flou
En français, bien que nous ayons des liaisons, nous avons tendance à garder une certaine clarté dans la structure des mots. « Je vais manger » conserve des séparations assez distinctes.
En anglais, les mots s'imbriquent les uns dans les autres. « I'm going to eat » devient quelque chose comme « I'm gonna eat » ou même « ahmgənəˈiːt » dans une conversation rapide. Les natifs ne marquent pas de pause entre les mots ; ils les lient entre eux.
Les trois types de parole liée
- L'enchaînement (Linking) : Connecter la fin d'un mot au début du suivant.
- L'assimilation : Des sons qui changent pour s'adapter aux sons voisins.
- L'élision : Des sons qui disparaissent complètement.
Apprenons à maîtriser chacun d'entre eux.
L'enchaînement : le modèle le plus important
L'enchaînement se produit lorsque la fin d'un mot se connecte de manière fluide au début du suivant. Il en existe trois types principaux :
1. Enchaînement Consonne-Voyelle (C→V)
Lorsqu'un mot se termine par une consonne et que le suivant commence par une voyelle, ils se connectent comme s'ils ne formaient qu'un seul mot. C'est très similaire à l'enchaînement que nous pratiquons en français (comme dans « un petit ami »).
Exemples :
La règle : La consonne finale « saute » sur le mot suivant. « turn it » devient « tur-nit ».
2. Enchaînement Voyelle-Voyelle (V→V)
Quand un mot se termine par une voyelle et que le suivant commence par une voyelle, l'anglais ajoute un léger son de transition pour éviter une coupure nette.
Avec le son /w/ (après /uː/, /oʊ/, /aʊ/) :
Avec le son /j/ (comme un « y ») (après /iː/, /eɪ/, /aɪ/, /ɔɪ/) :
3. Enchaînement Consonne-Consonne (C→C)
Lorsque deux consonnes identiques ou similaires se rencontrent, elles fusionnent en un seul son prolongé.
L'assimilation : quand les sons se transforment
Parfois, les sons changent pour ressembler davantage aux sons qui les entourent. Cela rend la parole plus rapide et plus fluide.
Modèles d'assimilation courants
Le /n/ devient /m/ devant /p/, /b/, /m/ :
Le /d/ + /j/ devient /dʒ/ (comme le « j » anglais dans « job ») :
Le /t/ + /j/ devient /tʃ/ (comme le « ch » anglais dans « chips ») :
L'élision : quand les sons disparaissent
Dans un débit rapide, certains sons s'effacent purement et simplement. C'est ce qu'on appelle l'élision.
Modèles d'élision courants
Le /t/ et le /d/ disparaissent entre deux consonnes :
Le /h/ disparaît dans les pronoms non accentués :
Phrases d'entraînement
Essayez de lire ces phrases en utilisant la parole liée. Concentrez-vous sur la fluidité des enchaînements :
- « Turn it off and put it away. » → « Tur-ni-toff an pu-ti-taway »
- « Did you eat an apple? » → « Didjoo ee-ta-napple? »
- « What are you going to do? » → « Wha-tar-ya gonna do? »
- « Tell him I'll call him back. » → « Tellim I'll callim back »
- « She's been in Italy for a week. » → « She's bee-ni-nItaly for-a-week »
Pourquoi est-ce crucial pour les francophones ?
Le français est une langue à rythme syllabique (syllable-timed) : chaque syllabe a globalement la même durée et la même intensité.
L'anglais est une langue à rythme accentuel (stress-timed) : les syllabes accentuées sont plus longues, et les syllabes non accentuées sont « écrasées » entre elles. C'est ce qui crée ces modèles de parole liée.
Lorsque les francophones s'attendent à des frontières de mots claires (comme en français), ils ne parviennent pas à décoder l'anglais rapide. Apprendre à anticiper et à produire cette parole liée résout ce problème.
Comment s'entraîner
Étape 1 : Repérez les liaisons
Regardez des vidéos en anglais avec sous-titres. Notez comment les locuteurs fusionnent les mots. Marquez les endroits où les liaisons se produisent.
Étape 2 : La technique du Shadowing
Écoutez un court extrait audio. Faites une pause. Répétez exactement ce que vous avez entendu, y compris les liaisons. Imitez le rythme.
Étape 3 : Enregistrez-vous
Enregistrez-vous en train de lire des phrases. Comparez avec des locuteurs natifs. Faites-vous les liaisons ? Vos syllabes non accentuées sont-elles assez courtes ?
Erreurs courantes à éviter
- Trop prononcer chaque mot : « I am going to eat » sonne robotique. Utilisez les liaisons.
- Ajouter des sons voyelles parasites : Ne dites pas « tur-nuh-it » pour « turn it ». Restez fluide.
- Mettre la même intensité sur toutes les syllabes : L'anglais a un rythme. Accentuez les mots importants, réduisez les mots de liaison.
Points clés à retenir
- Les anglophones lient constamment les mots entre eux.
- L'enchaînement consonne-voyelle est le plus courant (« turn it » → « tur-nit »).
- Les sons changent (assimilation) et disparaissent (élision) dans la parole naturelle.
- Maîtriser le connected speech améliore à la fois votre compréhension orale ET votre fluidité.
Prêt à aller plus loin ? Consultez notre guide sur les formes faibles et les réductions pour découvrir comment des mots comme « to », « for » et « can » se transforment à l'oral.