Vous vous présentez à une conférence et vous expliquez que vous travaillez dans le développement logiciel. En anglais, cela sort en developMENT, avec une petite poussée sur la dernière syllabe, exactement là où le français la met. Votre interlocuteur suit, mais il y a un temps de latence.
Un peu plus tard, vous dites que vous avez étudié la photographie. Vous prononcez photograPHY, calqué sur "photographie". Cette fois, on vous demande de répéter.
Les deux erreurs viennent du même réflexe: pousser vers la fin. Et il y a un deuxième symptôme, plus discret. Quand un Américain parle, vous avez souvent l'impression que l'accent tombe au hasard, ou qu'il n'y en a pas du tout. En réalité il est très régulier, et il obéit à une limite stricte que personne ne vous a jamais expliquée.
La règle: l'accent vit dans les trois dernières syllabes
Dans un mot anglais, l'accent principal tombe sur la dernière syllabe, sur l'avant-dernière (la pénultième) ou sur l'antépénultième. Jamais plus loin que la troisième syllabe en partant de la fin.
Les linguistes appellent cela la fenêtre de trois syllabes. Comptez à rebours depuis la fin du mot, isolez trois syllabes et dessinez une boîte autour. L'accent se trouve dans cette boîte. Tout ce qui est à gauche est hors jeu.
Regardez la fenêtre s'appliquer à de vrais mots. La syllabe accentuée est en majuscules et le comptage part toujours de la droite:
- de-VEL-op-ment /dɪˈvɛləpmənt/: quatre syllabes, accent sur l'antépénultième
- re-SPON-si-ble /rɪˈspɑnsəbəl/: quatre syllabes, antépénultième
- com-MU-ni-cate /kəˈmjunɪkeɪt/: quatre syllabes, antépénultième
- ap-PRE-ci-ate /əˈpriʃieɪt/: quatre syllabes, antépénultième
- a-BIL-i-ty /əˈbɪləti/: quatre syllabes, antépénultième
- u-ni-VER-si-ty /ˌjunəˈvɝsəti/: cinq syllabes, et l'accent reste sur l'antépénultième, trois crans avant la fin
University est la démonstration la plus nette. Le mot est long, cinq syllabes, et pourtant l'accent n'a jamais eu le champ libre: les seuls candidats possibles étaient ver, si et ty. Les deux premières syllabes sont hors fenêtre et ne pourraient pas porter l'accent, même en théorie.
En français l'accent appartient au groupe, en anglais il appartient au mot
Voilà pourquoi ce chapitre est plus difficile pour vous que pour d'autres. En français, l'accent n'est pas une propriété du mot: c'est un allongement placé sur la dernière syllabe du groupe rythmique. Dans "un petit chat noir", une seule syllabe est mise en relief, la dernière, et les mots à l'intérieur du groupe n'ont pas d'accent propre.
En anglais, chaque mot arrive déjà avec son accent inscrit, comme une information de dictionnaire. Il ne bouge pas selon la phrase, et il peut même distinguer deux mots: a REcord /ˈrɛkɚd/ est un disque, to reCORD /rɪˈkɔrd/ est enregistrer. Le déplacer, ce n'est pas avoir un joli accent français: c'est risquer de dire un autre mot.
Deuxième conséquence: comme le français ne réduit pas ses voyelles, votre oreille n'utilise pas la réduction comme indice. En anglais, les syllabes non accentuées s'effondrent en schwa /ə/, et c'est ce contraste, et non le volume, qui signale l'accent. C'est aussi pour cela que l'anglais vous semble parfois "plat": vous cherchez un allongement final qui n'arrive jamais.
Pourquoi cette fenêtre existe
Le rythme anglais alterne fort et faible. Une syllabe accentuée a besoin de matière faible autour d'elle, et surtout d'une piste d'atterrissage après elle. Quand vous frappez l'accent de deVELopment, les deux syllabes suivantes tombent en schwa et font redescendre le mot en douceur. Cette descente fait partie de ce qui permet à l'auditeur de repérer la syllabe forte.
Si l'accent se trouvait cinq syllabes avant la fin, tout ce qui suivrait serait une longue plaine de syllabes faibles, et l'anglais ne le supporte pas: un nouveau battement apparaîtrait en chemin, car la langue n'avance guère plus de deux syllabes sans pulsation. La fenêtre de trois syllabes est en réalité une règle de rythme déguisée en règle de comptage.
Il y a une seconde raison: l'anglais calcule l'accent à partir du bord droit du mot, pas du bord gauche. C'est pour cela que l'accent se déplace quand on ajoute un suffixe. La fin change, la fenêtre glisse, et l'accent glisse avec elle: PHOtograph /ˈfoʊtəɡræf/, phoTOGraphy /fəˈtɑɡrəfi/, photoGRAPHic /ˌfoʊtəˈɡræfɪk/. Ce ne sont pas trois informations à mémoriser séparément, c'est une seule règle appliquée à trois longueurs de mot.
Comment s'en servir comme raccourci
C'est ici que la règle devient rentable. Face à un mot long inconnu, vous n'avez pas six ou sept hypothèses à tester. Vous en avez trois.
Prenez collaboration. Comptez les syllabes: col-lab-o-ra-tion, cinq. Comptez trois crans en arrière: o, ra, tion. Dites le mot trois fois, une fois avec l'accent sur chaque candidat: collaBOration, collaboRAtion, collaboraTION. Celui du milieu sonne anglais. C'est un choix entre trois, pas entre cinq, et il se réduit encore avec l'expérience, car certains suffixes verrouillent l'accent.
Deux familles de suffixes font presque tout le travail en anglais américain:
- Accent sur la pénultième: la syllabe juste avant des terminaisons comme -tion, -sion, -ic, -ial et -ious. inforMAtion, deCIsion, ecoNOMic, ofFIcial, deLIcious.
- Accent sur l'antépénultième: des terminaisons comme -ity, -ify, -ogy, -graphy, -ical et le -ate des verbes. aBILity, iDENtify, biOLogy, phoTOGraphy, ecoNOMical, comMUnicate.
Notez que les deux familles gardent l'accent à l'intérieur de la fenêtre. Aucun suffixe anglais ne projette l'accent principal sur la quatrième syllabe en partant de la fin.
La fenêtre sur des mots réels
| Mot | API | Syllabes | Position | Pourquoi |
|---|---|---|---|---|
| police | /pəˈlis/ | 2 | finale | Avec deux syllabes, il n'y a que deux cases |
| photograph | /ˈfoʊtəɡræf/ | 3 | antépénultième | Avec trois syllabes, l'antépénultième est la première |
| photography | /fəˈtɑɡrəfi/ | 4 | antépénultième | Le suffixe -graphy tire l'accent trois crans en arrière |
| photographic | /ˌfoʊtəˈɡræfɪk/ | 4 | pénultième | Le suffixe -ic fixe l'accent juste avant lui |
| development | /dɪˈvɛləpmənt/ | 4 | antépénultième | -ment est neutre, la racine garde son accent |
| responsible | /rɪˈspɑnsəbəl/ | 4 | antépénultième | Deux syllabes faibles servent de piste d'atterrissage |
| information | /ˌɪnfɚˈmeɪʃən/ | 4 | pénultième | -tion bloque l'accent sur la syllabe précédente |
| university | /ˌjunəˈvɝsəti/ | 5 | antépénultième | Les syllabes 1 et 2 sont hors fenêtre |
| necessary | /ˈnɛsəsɛri/ | 4 | semble la première | -ary est un appendice; la fenêtre se mesure avant lui |
Les violations apparentes
1. Les composés sont deux mots, chaque moitié garde sa fenêtre
WAter bottle /ˈwɔtɚ ˌbɑtəl/ compte quatre syllabes avec le coup le plus fort tout au début, ce qui ressemble à une contradiction frontale. Ce n'en est pas une, car ce n'est pas un mot: ce sont deux. La fenêtre se mesure séparément sur chacun (WAter a la sienne, BOttle a la sienne), puis la règle des composés rend le premier élément le plus fort. Même chose pour INternet connection, CREdit card et FIre extinguisher.
2. L'accent secondaire n'est pas l'accent principal
Dans /ˌjunəˈvɝsəti/ et dans /ˌrɛprɪzɛnˈteɪʃən/ (representation), la petite marque placée en bas est l'accent secondaire. C'est un vrai battement rythmique, et c'est la première raison pour laquelle on croit la fenêtre brisée: on entend ce battement précoce et on le recopie comme s'il était principal.
La différence est mesurable. L'accent principal, c'est là où la hauteur de la voix monte, là où la syllabe est la plus longue, là où la voyelle est la plus pleine. L'accent secondaire garde une voyelle non réduite et un petit battement, mais la hauteur reste basse et la syllabe reste courte. Test rapide: fredonnez le mot sans le prononcer. La note qui monte est l'accent principal. Dans university, elle monte sur VER, pas sur U.
3. Les mots américains en -ary, -ory et -ery
NEcessary /ˈnɛsəsɛri/, TERritory /ˈtɛrəˌtɔri/, DICtionary /ˈdɪkʃəˌnɛri/ et CEMetery /ˈsɛməˌtɛri/ placent l'accent principal sur la première syllabe d'un mot de quatre. En anglais américain, ces suffixes conservent une voyelle pleine et portent leur propre accent secondaire, ce qui fait sonner le mot plus long que la règle ne le prévoit.
La solution consiste à traiter -ary, -ory et -ery comme un appendice accroché à la fin, puis à mesurer la fenêtre sur ce qui reste. Réduisez necessary à necess et il reste deux syllabes: NE-cess, accent sur la pénultième, rien d'exotique. Réduisez territory à terri et vous obtenez TER-ri. Réduisez dictionary à diction et vous obtenez DIC-tion. En anglais britannique, la syllabe disparaît purement et simplement (/ˈnɛsəsri/), et la fenêtre tombe juste sans aucune explication supplémentaire.
4. Les syllabes qui ne peuvent jamais être accentuées comptent quand même
Les finales -y et -ow sont pratiquement inaccentuables en anglais, mais elles occupent une case dans le comptage. YELlow /ˈjɛloʊ/ a deux syllabes, accent sur la pénultième. COMedy /ˈkɑmədi/ en a trois, accent sur l'antépénultième. Et c'est précisément le -y de photography qui a porté le mot à quatre syllabes et tiré l'accent vers la droite, hors de PHO. Ne sautez pas ces syllabes quand vous comptez à rebours, même si elles ne gagneront jamais.
5. Les vrais cas bizarres perdent presque toujours une syllabe
COMfortable, VEGetable, CHOColate et EVery ressemblent à des violations sur le papier. À l'oral, non, car un schwa disparaît. Un Américain dit /ˈkʌmftɚbəl/ (trois syllabes: COMF-ter-ble), /ˈvɛdʒtəbəl/ (trois), /ˈtʃɑklət/ (deux) et /ˈɛvri/ (deux). Comptez les syllabes que vous prononcez réellement, pas celles que vous voyez écrites, et la fenêtre tient.
L'exercice: cinq étapes, à voix haute
- Comptez à rebours sur vos doigts. Dites le mot lentement et levez un doigt par syllabe, en partant de la dernière et en allant vers la gauche. Arrêtez-vous à trois. Ce sont vos seuls candidats. Essayez avec opportunity: ty, ni, tu. Rien d'autre n'est éligible.
- Dites les trois versions. Accentuez volontairement le mot de deux façons fausses et d'une façon juste. Ce sont les versions fausses qui rendent la bonne évidente. Avec necessity: neCESsity, necesSIty, necessiTY. La première est le mot.
- Réduisez tout le reste. Une fois l'accent choisi, forcez toutes les autres voyelles à tomber en schwa /ə/. Dans /dɪˈvɛləpmənt/, seul le /ɛ/ est une voyelle pleine. Si les autres refusent de se réduire, votre accent est sans doute dans la mauvaise case.
- Montez l'échelle des suffixes. Prenez une racine et ajoutez des terminaisons en sentant l'accent migrer vers la droite: PHOtograph, phoTOGraphy, photoGRAPHic. Puis eCONomy, ecoNOMic, ecoNOMical. Puis PERson, PERsonal, personALity.
- Enregistrez-vous et frappez dans les mains. Lisez à voix haute: "The university offered a degree in photography." Frappez une seule fois par mot, sur la syllabe accentuée. Réécoutez. Si une frappe tombe sur la première syllabe d'un mot long, vous êtes sorti de la fenêtre.
Trois positions, comptées depuis la fin, avec une poignée d'exceptions qui s'expliquent toutes seules. Voilà toute la règle, et elle supprime l'essentiel du hasard sur les mots longs. Mettez-la en pratique avec l'entraînement sur les mots anglais, puis emmenez-la dans la parole continue avec l'entraînement sur les phrases, où l'accent et le rythme doivent fonctionner ensemble.